PMA : je refuse encore de fermer la porte à mes propres ovocytes
PMA : je refuse encore de fermer la porte à mes propres ovocytes
Depuis mon dernier article sur mon parcours PMA, beaucoup de choses se sont passées.
Je pensais être arrivée à un carrefour relativement simple : accepter progressivement l’idée du don d’ovocytes, ou continuer à chercher s’il existait encore quelque part une possibilité d’utiliser le tissu ovarien que j’avais fait cryoconserver en 2014.
Finalement, cette recherche m’a entraînée beaucoup plus loin que je ne l’imaginais.
Et aujourd’hui, même si je n’ai toujours aucune garantie, une nouvelle piste vient de s’ouvrir.
Le problème reste le même : mon tissu ovarien ne peut pas simplement être réimplanté
Mon tissu ovarien avait été prélevé et cryoconservé en 2014, dans le contexte de ma leucémie aiguë myéloïde.
Plus de dix ans plus tard, lorsque j’ai commencé à envisager sérieusement son utilisation, les biologistes de l’hôpital Antoine-Béclère ont procédé à des analyses.
Le résultat a complètement changé la situation : sur deux échantillons analysés, une infiltration leucémique a été retrouvée dans l’un d’eux.
L’autre était négatif.
Même si j’ai été greffée en 2014 et que je n’ai connu aucune rechute depuis, la question n’est donc pas seulement de savoir si mon tissu contient encore des follicules.
Il faut surtout éviter de prendre le risque de réintroduire dans mon organisme des cellules potentiellement malignes.
C’est la raison pour laquelle la réimplantation classique du tissu ovarien m’a été déconseillée en France.
Mais une question continuait à me poursuivre :
Et si l’on pouvait récupérer les follicules ou les ovocytes contenus dans mes fragments sans me réimplanter le tissu ?
Ma recherche autour de l’OTO-IVM
C’est ainsi que j’ai découvert et commencé à m’intéresser à ce que l’on appelle notamment l’OTO-IVM, pour Ovarian Tissue Oocyte In Vitro Maturation.
L’idée, dans les grandes lignes, serait de travailler directement à partir du tissu ovarien afin d’essayer de récupérer des ovocytes immatures et de les faire évoluer en laboratoire, plutôt que de replacer le tissu dans mon organisme.
Sur le papier, cela correspond exactement à ce que je recherche.
Dans la réalité, les choses sont beaucoup plus compliquées.
J’ai donc commencé à contacter différents centres européens spécialisés dans la préservation de la fertilité et le tissu ovarien.
Première désillusion : ce n’est pas encore un traitement de routine
L’une des réponses les plus détaillées est venue de Düsseldorf, en Allemagne.
L’équipe m’a expliqué très clairement que l’OTO-IVM à partir de tissu cortical ovarien préalablement cryoconservé n’est actuellement pas suffisamment établie scientifiquement et cliniquement pour permettre d’obtenir de manière fiable des ovocytes matures destinés ensuite à une FIV/ICSI.
Autrement dit : ce n’est pas simplement une technique qu’une clinique possède ou ne possède pas.
Nous sommes encore dans un domaine largement expérimental.
Concernant une éventuelle réimplantation de mon tissu, leur position était également très prudente compte tenu de mon antécédent de LAM et du risque potentiel de présence de cellules malignes.
Mais leur réponse ne s’arrêtait pas à un simple « non ».
Ils m’ont orientée vers des équipes ayant publié des travaux sur la transplantation de tissu ovarien chez des patientes ayant eu une leucémie aiguë.
Parmi les noms cités figurait celui du Professeur Murat Sönmezer, en Turquie.
J’ai donc décidé de lui écrire.
La réponse du Professeur Sönmezer
Sa première réponse m’a particulièrement intéressée.
Il m’a indiqué avoir réalisé des transplantations de tissu ovarien chez huit patientes atteintes de leucémie aiguë, sans rechute observée pendant leur suivi.
Selon son expérience, la situation doit notamment être évaluée en fonction de la maladie résiduelle minimale et des analyses du tissu ovarien.
Je lui ai alors apporté une information essentielle concernant mon propre dossier :
les biologistes français avaient retrouvé une infiltration leucémique dans un échantillon sur les deux analysés.
Je lui ai également précisé que j’avais bénéficié d’une greffe en 2014 et que je n’avais connu aucune rechute depuis.
Sa réponse a été très courte mais très claire :
« Si une infiltration leucémique a été détectée dans un échantillon, cela peut être risqué. »
Cette phrase confirme toute la difficulté de mon dossier.
Même après plus de dix ans de rémission, la question n’est pas uniquement mon état de santé actuel.
C’est également l’état du tissu qui avait été prélevé au moment de ma maladie.
Alors je lui ai posé la question qui m’intéresse vraiment
Puisque la réimplantation représente le problème, je lui ai demandé autre chose :
Serait-il possible de décongeler mes fragments, d’isoler les follicules ou les ovocytes immatures qu’ils contiennent, puis de tenter une croissance ou une maturation in vitro afin d’obtenir éventuellement des ovocytes matures pour une FIV-ICSI avec les spermatozoïdes de mon mari, sans jamais me réimplanter le tissu ?
Sa réponse a fait avancer mes recherches d’un cran.
Il m’a écrit :
« Je peux recommander le professeur Christiani Amorim. »
Un nouveau nom venait d’entrer dans mon parcours.
Professeure Christiani Amorim : une piste particulièrement intéressante
La Professeure Christiani Amorim travaille en Belgique sur la préservation de la fertilité et notamment sur les follicules ovariens et les stratégies permettant d’envisager des alternatives à la transplantation classique du tissu ovarien.
C’est précisément pour cette raison que le Professeur Sönmezer m’a orientée vers elle.
Je viens donc de lui écrire.
Dans mon message, j’ai résumé toute ma situation : ma LAM en 2014, la cryoconservation de mon tissu ovarien, ma greffe, l’absence de rechute depuis, mais surtout la découverte récente d’une infiltration leucémique dans l’un des deux échantillons testés.
Ma demande est très précise.
Je ne lui demande pas de me promettre une grossesse.
Je ne lui demande même pas de me dire qu’elle pourra utiliser mes fragments.
Je lui demande simplement si mon dossier pourrait être évalué afin de déterminer s’il existe une possibilité, éventuellement dans le cadre de la recherche, d’isoler les follicules ou ovocytes immatures présents dans mon tissu et de tenter leur développement sans réimplantation du tissu ovarien dans mon organisme.
Et maintenant, j’attends sa réponse.
Pendant ce temps, le Portugal continue
En parallèle, mon parcours avec la clinique Ferticentro au Portugal continue.
Après notre consultation en visioconférence, l’équipe m’a transmis une nouvelle prescription comprenant un bilan particulièrement complet : bilan hormonal, thyroïdien, infectieux, immunologique, métabolique et de coagulation, ainsi que différents examens complémentaires.
Cette voie correspond davantage au projet de FIV avec don d’ovocytes.
Je commence donc à accepter une réalité assez particulière : je peux avancer simultanément dans deux directions.
D’un côté, préparer concrètement la solution qui paraît aujourd’hui la plus accessible médicalement : le don d’ovocytes.
De l’autre, aller jusqu’au bout des possibilités scientifiquement raisonnables concernant mon propre tissu ovarien.
Pourquoi je continue à chercher
Je sais parfaitement que cette recherche peut ne mener nulle part.
L’OTO-IVM n’est pas aujourd’hui une technique clinique courante permettant de garantir que mes fragments de 2014 donneront des ovocytes matures.
Je sais également que la présence de cellules leucémiques retrouvées dans une partie du tissu constitue une difficulté majeure.
Mais j’ai besoin de savoir que j’ai posé la question aux bonnes personnes.
Pas parce que je refuse absolument le don d’ovocytes.
Ma réflexion sur le don a beaucoup évolué.
Mais parce que mon tissu ovarien est conservé depuis 2014. Il représente une possibilité de fertilité que j’avais essayé de protéger avant que les traitements ne bouleversent complètement ma fonction ovarienne.
Avant de renoncer définitivement à cette possibilité, j’ai besoin de savoir si la science de 2026 peut faire quelque chose que celle de 2014 ne savait pas encore faire.
Une porte se ferme, une autre mène vers un chercheur
Ce qui me frappe depuis quelques jours, c’est la manière dont cette recherche avance.
Ferticentro me dit qu’ils ne réalisent pas cette maturation.
Je contacte d’autres équipes.
Düsseldorf m’explique pourquoi l’OTO-IVM n’est pas encore une solution clinique établie, mais me donne le nom d’un spécialiste.
Je contacte le Professeur Sönmezer.
Il m’explique que la présence d’une infiltration leucémique rend la transplantation risquée.
Je lui demande alors s’il existe une autre façon de récupérer mes ovocytes.
Et lui, à son tour, me donne le nom de la Professeure Amorim.
À chaque fois, je pourrais considérer la réponse comme une porte qui se ferme.
Pour l’instant, je préfère la considérer comme une flèche indiquant la porte suivante.
Et maintenant ?
Je ne sais pas encore ce que la Professeure Amorim me répondra.
Peut-être que sa réponse sera, elle aussi, négative.
Peut-être que mes fragments ne pourront jamais être utilisés.
Peut-être que mon parcours me conduira finalement au don d’ovocytes au Portugal.
Mais si cela arrive, j’aurai au moins une certitude importante :
je n’aurai pas abandonné mes propres ovocytes simplement parce que la première technique proposée n’était pas possible.
J’aurai cherché.
J’aurai interrogé les spécialistes.
J’aurai essayé de comprendre ce que la médecine peut réellement faire aujourd’hui avec ces fragments congelés il y a douze ans.
Et pour l’instant, mon parcours PMA continue ainsi : entre préparation au don d’ovocytes et dernier espoir scientifique autour de mon propre tissu ovarien.
La prochaine étape dépend désormais d’une réponse venue de Belgique.



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